Nous partons en tournée... nous partons sur la route, rencontrer les amis d'amis, les camarades des camarades, pour tisser ensemble le chemin, échanger là où un piano et un espace s'ouvrira. Tenter de réinventer ensemble l'espace du collectif afin de libérer de la mémoire, et donc de la force dans l'ancrage... La mémoire d'un passé encore fumant, celle de Sacco et Vanzetti, celle de la Catalogne de Luis Llach, celle des Coquillages éparpillés de Lampeduza aux côtes grecques au moment où l'Europe voudrait imposer en plus de l'austérité économique, une austérité mémorielle qui nous ramènerait au temps de la guerre civile espagnole.
300. 000 euros, c'est la somme déboursée pour la restauration de la tombe de Franco au moment où le monument aux brigades internationales à Madrid est menacé de destruction. Mobile? exacerber les tensions de l'histoire. Comment ne pas chanter L'Estaque et rassembler de Rome à Tunis, l'histoire d'un rêve commun qui hier -car trente ans c'est hier- se passait de bouches en bouches à la lumière des briquets de la Catalogne Libre.
Ni Paris, Ni Berlin, Ni Londres, ni Washington, Ni Hollywood... ou par touches quand l'humour et la distance le permet. Que le romantisme du rêve soit à la mesure de sa transformation dans le réel. Apprenons à rêver autrement.
Cette nuit, en sortant du salon où nos hôtes nous avaient chaleureusement conviés à nous emparer du piano:
- sous l'épais brouillard belge que la pleine lune venait éclairer comme une puissante poursuite éclaire de la fumée sur scène -
je pensais à combien nous sommes nombreux.
Je pensais aussi aux morts sous la terre.
- sous l'épais brouillard belge que la pleine lune venait éclairer comme une puissante poursuite éclaire de la fumée sur scène -
je pensais à combien nous sommes nombreux.
Je pensais aussi aux morts sous la terre.
Puis nous avons pris la route... Nous avons traversé d'une agglomération à une autre, passé les terrils du borinage, salué un centenaire, passé la frontière invisible des taxes, atterris dans le salon d'un historien centriste. Sa dame ressemble à Goliarda Sapienza et leur enfant depuis la naissance tient sa nuque droite et a le regard planté dans l'avenir.
Puis nous avons laissé la grande agglomération de la République en bouillonnement. Gare Saint Lazare, Philippe et moi nous sommes plantés dans le grand hall à côté du piano droit et sous les plafonds de dix mètres, au milieu des voyageurs en transit, nous avons entonné La Révolution Mondiale:
"Je vois notre public furieux
beugler à qui mieux mieux
Mort au Roi, Mort au Roi
Je vois, il en vient de partout
D'Anvers de Mangombroux
Sont tous là
Sont tous là
Je vois les ministre dans la rue
De joindre à la cohue
Aux abois
Aux abois, aux abois
Je vois même les agents de change
Prendre part à la danse
À la danse
J'y crois
J'y crois
Youpie
C'est la révolution
Révolution mondiale
et le monde va devenir bon
bon
bon
bon...! bon... bon bon... bon bon!!!
Vive la révolution!"
Puis nous avons laissé l'agglomération, passé l'autoroute des anglais, pénétré dans les plaines et vallées douces de l'Aube. L'Aurore est posée comme de l'or dans chaque reflet des feuillages de l'automne. Là où 7 habitants peuplent 1 kilomètre, nous nous sommes posé à la table des bâtisseurs des châteaux de feu et de sons. Alors la neige est descendue se poser sur les hautes herbes le long de la rivière. Frida la chienne m'a montré les pas de ma soeur rousse. La bière s'est répandue dans les godets et nous avons trinqué en pensant à elle, aux routes, à l'amitié et à un rêve.
Alors nous sommes allés poser non pas nos valises, mais nos fesses auprès du grand Steinway autrichien. Son ventre est doux et rond, il a dans ses dynamiques la finesse des harmoniques nourris de bois sain. Ce soir, vous viendrez et nous jouerons.
De Paris aux pleines de la Champagne, de Turin à Arezzo, de Berne à Lausannes, nous sommes heureux d'arriver bientôt et de vous connaître prochainement, d'apprendre de vos réalités, de vos luttes, de vos contextes. Le système voudrait nous isoler alors que nous sommes légions.
Soledad Kalza, Dragone de Faverolles.








Pensées amicales à vous deux et ma poignée de main fraternelle depuis la rive sud de la Méditerranée.
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